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Le blog de Hervé Villard Njiélé

Zone industrielle de Bassa: Plus de 25.000 âmes désormais sans abris

28 Août 2014, 18:35pm

Publié par Hervé Villard

tout le quartier Sobom Rasé
tout le quartier Sobom Rasé

Elles sont victimes du déguerpissement massif qui s’est déroulé dans la zone Industrielle de Bassa les 21 et 22 aout 2014.

Maman Cécile Azieh  est toute dépitée. Cette sexagénaire habitant «le quartier Bamenda», quartier situé non loin de la Zone Industrielle de Douala-Bassa  ne sait plus à quel Saint se vouer et où trouver les solutions aux nombreux problèmes qu’elle rencontre.

Depuis le jeudi 21 aout 2014, journée au cours de laquelle elle a vu toute sa propriété et toutes les richesses qu’elle a amassées depuis  près de 50 ans, voler en éclat suite aux coups des pelleteuses et des bulldozers mobilisés par les responsables de la Mission d’Aménagement et de gestion des zones urbaines (Magzi), cette  maman de 10 enfants a perdu le goût de la vie.

 

Peinant à quitter cet endroit qui contient la grande partie de sa vie et de son histoire, malgré  les destructions, elle s’est finalement  résolue de partir mais, elle ne sait où. «Je suis dépassée. Je ne sais pas jusqu’à présent où se trouvent mes enfants. Je ne sais même pas s’ils iront à l’école cette année. Je ne sais même pas encore ce que je vais faire. C’est très difficile» déclare celle qui déclare dormir à la belle étoile depuis le jour des démolitions. «J’avais une grande maison de quatre chambres un salon, une douche et une cuisine. J’avais un autre grand terrain d’environ 400m2 que j’exploitais non loin de là. Aujourd’hui je n’ai plus rien. Même pas une chambre où passer là nuit», affirme la sexagénaire en pleurant à chaude larme. Tout près d’elle les membres de sa famille ayant volé à son secours,  l’aident à rassembler quelles objets sauvés et les rangent soigneusement dans un tricycle affrété pour la cause.

 

Non loin de Maman Cécile Azieh, Hortense S, une autre habitante du quartier Bamenda rassemble les derniers mobiliers de maison qu’elle a sauvés. Coiffeuse de profession et mère de quatre enfants, elle a eu la chance de trouver une maison à louer après le déguerpissement, cette dernière avec l’aide d’un porte-tout, est  venu transporter le reste de ses biens. Chagrinée, elle maudit ceux qui ont posé cet acte. «On veut seulement nous tuer dans ce pays. On s’en fou de nous. Comme l’Etat tient absolument que l’on meure, nous allons tous mourir », fait savoir  cette dernière, tout en fouillant dans les décombres des objets importants qu’elle n’aurait pas sauvés pendant les démolitions.

Comme maman Cécile Azieh et Hortense, c’est plus de 20.000 personnes habitant les quartiers ‘’Bamenda’’ et ‘’Bana’’» non loin de la Zone industrielle de Bassa  qui  se trouvent aujourd’hui  sans domicile fixe. Ils ont toutes été déguerpis par la Magzi les jeudi 21 et vendredi 22 aout 2014.

Selon les sinistrés, les engins et les autorités de la ville de Douala sont arrivés au quartier ce jour (jeudi 21 aout 2014). Sans rien dire à personne, ils ont commencé à détruire les premières maisons. Malgré l’opposition des populations, ils ont poursuivi leur action le jour suivant dans une  indifférence totale. Dans cette mouvance des choses ils ont endommagé les biens de plusieurs personnes. «On n’a rien sauvé dans  les premières maisons détruites. Seuls les habitantssont sortis. Tout a été écrasé, maisons et meubles», déclare un sinistré heureux d’avoir sauvé certains meubles.

 

Escroquerie

 

Pendant trois jours, ces destructions vont se poursuivre et tous les quartiers seront rasés. Ce au grand dam des habitants abandonnés désormais à eux-mêmes.

 

D’après les riverains qui reconnaissent avoir été avertis comme le déclare les responsables de la Magzi, ils ne savaient pas que cela devait avoir lieu. Ils affirment avoir été manipulés par les différents chefs de quartiers qui ont collecté de l’argent pour limiter ce déguerpissement.  «On  savait qu’on allait casser puisque  on n’est venu nous sommer de partir. Mais, les chefs de quartier nous ont rassurés. Ils ont dit que la menace n’était pas réelle et qu’ils pouvaient gérer cela. Chaque ménage a cotisé 5000 fcfa. Ce qui a été fait. Regardez où nous sommes aujourd’hui», raconte tout fâchée Cécile Azieh qui dénonce pareillement l’attitude de ces chefs de quartiers qui font parti des premiers à partir. «Si on savait on partait depuis, on devait sauver beaucoup de choses et on ne serait pas entrain de souffrir. Maintenant je ne sais pas où aller», regrette-t-elle amèrement.

 

20 hectares

 

Sur le site du déguerpissement, hier dimanche 24 aout 2014, ce qui était encore il y a quelques jours les quartiers ‘’Bamenda’’ et Bana’’ ne sont plus qu’une espace vide. Plus l’ombre d’une maison. Quelques arbres  seulement occupent partiellement le site. Des populations fouillent dans les décombres à la recherche de quelques objets précieux. Des tricycles, des portes-tout et des camionnettes dans lesquels sont  entrain d’être chargés des meubles et autres bagages sont garés en désordre. Des nombreux  jeunes qui se prêtent au portage se bousculent.

 

D’après des informations, c’est  un  espace d’environ 20 hectares  que la Magzi par cette opération  de déguerpissement forcé vient de récupérer. Des espaces qui selon des informations seront octroyés aux entreprises qui sont d’ailleurs prêts à y investir.

 

Ce déguerpissement qui fait beaucoup de mécontents parce qu’il intervient à la veille de la rentrée scolaire 2014-2015  rappelle celui qui s’est passé à Komba  un quartier de Bonaberi, banlieue de Douala où, près de 3000 personnes occupant le site de la Magzi toujours avaient été déguerpis dans les même conditions

 

Hervé Villard Njiélé

 

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