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Le blog de Hervé Villard Njiélé

Discours Paul Biya du 31 décembre 2016

3 Janvier 2017, 12:25pm

Publié par Hervé Villard

Camerounaises, Camerounais,
Mes chers compatriotes,
L’année 2016 qui s’achève a été riche en événements pleins de signification
pour notre nation.
Cette année, nous l’avons commencée sous de très bons auspices. La
résilience de notre économie, malgré un contexte défavorable, était saluée par les
bailleurs de fonds, dont le Fonds Monétaire International.
Nos forces de défense et de sécurité avaient repoussé et mis Boko Haram sur
la défensive.
Notre pays s’engageait résolument dans une nouvelle phase de son grand
projet pour l’accélération de la croissance, la création d’emplois et des richesses.
Les circonstances, au fil des mois, ont mis à rude épreuve cet élan prometteur.
De même, un certain frémissement sur le front social et politique a semblé, par
moments, fragiliser les fondements même de notre vivre ensemble. Mais nous avons
toujours su tenir bon au bout du compte.
Je voudrais donc, avant toute autre chose, vous dire solennellement, ce soir,
que le Cameroun est un pays plus que jamais debout. Un pays UN et INDIVISIBLE,
fier de sa diversité culturelle et jaloux de sa liberté. Un pays riche de ses hommes
talentueux et entreprenants. Un pays doté de ressources importantes. Un pays
regardant l’avenir avec confiance et détermination, décidé à relever les défis pour
garantir le progrès social et la prospérité de tous.
Au moment où l’année 2016 s’achève, je ne saurais oublier le deuil qui, de
façon inédite, a frappé notre pays, lors de la catastrophe ferroviaire survenue à
Eseka. C’était un moment de grande douleur pour la nation entière. Notre peuple a
su faire preuve de solidarité dans ce drame.
L’enquête approfondie que j’ai prescrite dira la vérité. J’en tirerai les
conséquences, je m’y suis engagé.

Mes chers compatriotes,
Je voudrais maintenant m’appesantir sur les derniers événements survenus
dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Ces événements nous interpellent
profondément dans notre chair et dans notre esprit.
Par le fait d’un groupe de manifestants extrémistes, manipulés et
instrumentalisés, des Camerounais ont perdu la vie ; des bâtiments publics et privés
ont été détruits ; les symboles les plus sacrés de notre nation ont été profanés ; les
activités économiques ont été paralysées momentanément.
Tout cela, vous en conviendrez, est INACCEPTABLE.
Les libertés politiques et syndicales sont effectives dans notre pays. Elles sont
garanties et encadrées par nos lois et règlements.
Dans ce cadre, chaque citoyen est bien fondé d’exprimer son opinion sur tout
sujet de la vie nationale, y compris par l’observation pacifique d’un mot d’ordre de
grève, dûment déclaré.
Il s’agit d’un droit fondamental du citoyen, voulu par le peuple camerounais
puisque garanti par la Constitution.
Ce droit est inaliénable dans l’idéal démocratique que j’ai proposé au peuple
camerounais et que, quotidiennement, nous construisons ENSEMBLE, patiemment
et obstinément.
Il n’est pas convenable que certains veuillent se servir de ce cadre de liberté
pour poser des actes de violence et chercher à porter atteinte à l’unité de notre pays.
En pareille circonstance, l’Etat a le devoir impérieux de rétablir l’ordre, au nom
de la loi et dans l’intérêt de tous. Agir autrement, c’est compromettre notre
démocratie ; c’est laisser l’anarchie s’installer à la place de l’état de droit.
Je condamne de façon énergique tous les actes de violence, d’où qu’ils
viennent, quels qu’en soient les auteurs. Nous tirerons toutes les conséquences des
différentes enquêtes en cours à ce sujet.

Que l’on se comprenne bien, il n’est pas interdit d’exprimer des préoccupations
dans la République. En revanche, rien de grand ne peut se construire dans la
surenchère verbale, la violence de rue et le défi à l’autorité. Seul le dialogue serein
permet de trouver et d’apporter des solutions durables aux problèmes.
Les voix qui se sont exprimées ont été toutes entendues. Elles ont, dans bien
des cas, soulevé des questions de fond que l’on ne saurait négliger. J’ai instruit le
Gouvernement d’engager un dialogue franc avec les différentes parties concernées,
pour trouver des réponses appropriées aux questions posées. Je les invite à
participer, sans préjugés, aux différentes discussions.
Mais, ne l’oublions jamais, nous marchons sur les pas des pères fondateurs de
notre pays, de nos héros nationaux, qui ont versé leur sang pour léguer à la postérité
une nation unie dans sa diversité.
L’unité du Cameroun est donc un héritage précieux avec lequel nul n’a le droit
de prendre des libertés. Et quelle que soit la pertinence d’une revendication, celle-ci
perd toute légitimité, sitôt qu’elle compromet, tant soit peu, la construction de l’unité
nationale.
Le peuple camerounais, comme un seul homme, s’est engagé à construire une
nation unie, inclusive et bilingue. Il s’agit là d’une expérience unique en Afrique.
Comme toute entreprise humaine, notre expérience n’est pas parfaite. Elle a des
aspects perfectibles. Nous devons donc rester à l’écoute les uns des autres. Nous
devons rester ouverts aux idées mélioratives, à l’exclusion toutefois, de celles qui
viendraient à toucher à la forme de notre Etat.
En dehors des instances dont j’ai prescrit la création au Gouvernement, et qui
fonctionnent déjà, nous sommes prêts à aller plus loin. Nous sommes disposés, à la
suite et dans l’esprit des artisans de la Réunification, à créer une structure nationale
dont la mission sera de nous proposer des solutions pour maintenir la paix, consolider
l’unité de notre pays et renforcer notre volonté et notre pratique quotidienne
du VIVRE ENSEMBLE.
Et cela, dans le strict respect de notre Constitution et de nos Institutions.

Dois-je le redire ? LE CAMEROUN EST UN ET INDIVISIBLE ! Il le
demeurera…
Il tire sa richesse et sa force de la diversité de son peuple, de ses cultures et
de ses langues. C’est ce pluralisme qui vaut à notre pays, considération, respect et
admiration.
Le Cameroun est un pays démocratique, un Etat de droit. Les problèmes
doivent y être réglés dans le cadre de la loi et par le dialogue.
Nos compatriotes veulent vivre dans la paix et la concorde. Il ne faut pas les
troubler.
C’est aussi pour cela que notre pays s’est engagé dans la lutte contre Boko
Haram.
A ce propos, je crois pouvoir dire que l’année 2016, a permis de pousser ce
groupe terroriste dans ses derniers retranchements. On peut, semble-t-il, espérer que
cette nébuleuse aura du mal à se relever des coups qui lui ont été portés. Mais il
faudra rester vigilant, l’éventualité d’attentats-suicides isolés, comme celui du 25
décembre dernier, n’étant pas à écarter.
Cette évolution favorable est à mettre au crédit de nos forces de défense et de
sécurité nationales, de la Force Multinationale Mixte et de la coopération avec les
autorités nigérianes. C’est le lieu de nous féliciter également de l’appui de nos
partenaires internationaux, que je tiens à remercier.
Je dois aussi mentionner le rôle important des comités de vigilance qui, par
leur bravoure et leur dévouement, ont réussi, à maintes reprises, à déjouer des
tentatives d’attentats. Je tiens à saluer une nouvelle fois l’attitude du peuple
camerounais dont le patriotisme, dans ces moments difficiles, n’a jamais fait défaut.
Oui, l’unité nationale se forge dans les épreuves.
Nous devons maintenant consolider la sécurité intérieure, reconstruire,
organiser le retour des déplacés et ranimer l’économie locale. Pour tout dire,

redonner vie et sérénité aux régions sinistrées. L’Etat y pourvoira dans toute la
mesure de ses moyens, en comptant sur le dynamisme des populations et
l’accompagnement des partenaires au développement.
Malgré le poids des dépenses de sécurité, le Gouvernement n’a pas relâché
ses efforts pour favoriser la croissance de notre économie.
Plusieurs de nos grands projets de première génération sont pratiquement
opérationnels ou sur le point d’entrer en service, tels que le port de Kribi, le barrage
de Lom Pangar et les centrales de Memve’ele et de Mekin.
Pour réduire la fracture énergétique et mettre fin aux délestages, d’autres
grands chantiers, comme les centrales de Bini à Warak, Menchum, Song Dong et
Nachtigal, vont compléter ce programme. Avec la création de la Société Nationale de
Transport d’Electricité, nous entendons régler nos problèmes de transport et de
gestion de l’énergie.
Le développement de notre réseau routier est également en progrès. Un vaste
programme de construction ou de réhabilitation de routes est en cours d’exécution à
travers tout le pays. Je ne citerai que les plus remarquables comme les autoroutes
Yaoundé/Douala et Nsimalen/Yaoundé dont les travaux avancent normalement, mais
aussi les entrées est ou ouest de Douala ainsi que le deuxième pont sur le Wouri.
A plus long terme, nous envisageons la création d’un réseau routier et
ferroviaire à vocation inter-régionale pour faciliter l’accès à nos gisements miniers et
stimuler nos échanges avec les pays voisins. Le Cameroun se trouve à la jonction
des deux grands ensembles économiques d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale.
Pourquoi n’ambitionnerait-il pas de devenir cette plaque tournante à laquelle la
géographie le prédispose ?
Le développement de notre capacité énergétique et l’extension de notre
réseau routier ont pour finalité principale la création des conditions optimales pour
l’industrialisation de notre pays. Celle-ci est notre grand défi des prochaines
décennies. En même temps, on peut en attendre une confirmation de l’évolution
favorable de la situation de l’emploi constatée ces dernières années. A titre

d’exemple, jusqu’en octobre 2016, 320 mille nouveaux emplois ont été recensés. Par
rapport à l’exercice précédent, ceci représente une augmentation de près de 20 %.
Cette performance est à saluer, au vu de la morosité ambiante. Toutefois, nous
devons faire mieux. Et pour cela, nous avons l’obligation d’assainir la gestion de
l’ensemble des économies de notre sous-région.
C’est pour cette raison, que j’ai jugé utile de réunir récemment à Yaoundé,
l’ensemble des Chefs d’Etat de la CEMAC. Cette rencontre nous a permis de prendre
des mesures destinées à redynamiser la croissance dans notre zone, tout en
accélérant l’intégration de nos économies et la libre circulation des biens et des
personnes.
Le Cameroun fera son devoir à cet effet.
Au service de notre aspiration pour l’émergence à l’horizon 2035, nous
travaillons continuellement à l’augmentation de notre production agricole, à la
transformation industrielle de nos matières premières et à l’expansion de l’économie
numérique.
Le budget de l’Etat pour l’année 2017 est un juste reflet de cette volonté
d’amplifier la dynamique autour de ces secteurs hautement stratégiques.
Mes chers compatriotes,
Les chantiers sont nombreux, pour assurer le progrès social et la prospérité à
notre pays. Nos atouts sont connus de tous. Mais nous avons encore de la difficulté à
transformer notre potentiel en réalité gagnante.
C’est pour y réfléchir que j’ai initié la Conférence Economique Internationale
« Investir au Cameroun, Terre d’Attractivités » au mois de mai 2016.
Bien au-delà des rencontres d’affaires non négligeables à l’occasion, cette
initiative inédite, du reste saluée par nos partenaires au développement, a permis un
partage d’expériences fort utile au sujet de la marche vers l’émergence économique.

Dans ce monde interconnecté, nous avons voulu accueillir, en toute simplicité,
le regard des autres sur notre capacité à intégrer l’économie globale.
La moisson a été abondante, en termes de principes d’actions retenues en vue
de l’amélioration du climat des affaires au Cameroun. Dans un avenir proche, nous
en verrons la traduction concrète dans nos institutions.
Je me suis déjà exprimé sur ce sujet à maintes occasions : diverses
manoeuvres de résistance ou d’inertie freinent nos avancées.
Il nous faudra lever ces obstacles pour générer un environnement des affaires
sain et attractif, accélérateur du progrès dans notre pays, par un arrimage adéquat
aux dynamiques globales. Il est de la responsabilité de la puissance publique d’y
veiller. Je vais m’y employer fermement.
Si je pense que l’Etat doit jouer un rôle de régulateur et de facilitateur, voire
d’investisseur dans certains domaines précis, je pense également qu’il appartient au
secteur privé d’investir partout où existent des opportunités.
Par ces temps où la diversification est une véritable bouée de sauvetage pour
les économies de la CEMAC, il est bon que nos investisseurs se montrent à leur
avantage, par exemple pour capter les opportunités qu’offrent l’intégration régionale
ou les différents accords de partenariat économique auxquels le Cameroun est partie.
Je lance donc un appel en direction de nos créateurs de richesses pour qu’ils
prennent toute leur part afin de stimuler la croissance de notre économie. Il y va de
l’intérêt de tous.
Le peuple camerounais, qui commence à percevoir le bénéfice des sacrifices
qu’il a consentis pendant des années, ne veut pas revenir à l’austérité. Je suis en
accord avec lui.
Ceci nous commande de mettre tous la main à la pâte, dans un parfait
engagement patriotique, à l’exemple de nos valeureuses Lionnes Indomptables.

Elles se sont données à fond depuis de longues années, sans rechercher de
vaines et précoces gloires ; elles se sont déployées avec détermination, talent et
bravoure ; elles ont convaincu par la qualité de leur expression dans le jeu ; elles ont
séduit par leur qualité morale et l’éthique du jeu qui leur a mérité le trophée du fairplay
; elles ont reflété la diversité camerounaise forte dans la défense du drapeau
national ; et bien qu’elles n’aient pas remporté le trophée final lors de la CAN
féminine 2016, elles ont procuré de la joie et de la fierté à toute une nation.
Ce bel engagement patriotique est un appel à tous, chacun et chacune dans
sa situation particulière, pour servir partout le devenir du Cameroun, avec sens de
l’exemplarité.
Mes chers compatriotes,
Je voudrais, avant de conclure, vous inviter à avoir une pensée pour nos
soldats et nos citoyens civils tombés pour la défense de la patrie tout au long de
l’année 2016, ainsi que pour les victimes de la catastrophe ferroviaire survenue à
Eseka il y a peu.
Le moment est maintenant venu, de formuler pour notre nation le voeu que
l’année 2017 porte, en abondance, des fruits de paix et de concorde, de progrès et
de prospérité économique pour tous.
Bonne et heureuse année 2017 !
Vive le Cameroun !

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