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Le blog de Hervé Villard Njiélé

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22 Octobre 2017, 19:10pm

Publié par Hervé Villard

Drame d’Eseka

La douleur persiste un an après

A quelques heures de la célébration du premier anniversaire de la commémoration de l’hécatombe d’Eseka, les populations du département du Nyong et Kelle et de la ville d’Eseka se souviennent du drame comme si cela c’était déroulé hier.

 

«Depuis que je suis à Eseka, je n’ai jamais vu le génie militaire intervenir dans un accident de la circulation de Camrail. Peut être c’est le wagon militaire seul qui a motivé cette descente sur le terrain. L’accident était très grave. Comment expliquez qu’un train quitte Yaoundé avec 18 wagons et on se retrouve avec seize sur le terrain. Il y a  eu beaucoup de cadavres. On ne pouvait même pas compter. Les victimes ont été enterrées dans la boue. C’est après quelques  semaines qu’on est revenu ramasser les ossements humains. Il y a eu beaucoup de victime. Ce qui s’est passé à Eseka est une catastrophe. On ne peut pas appeler déraillement comme les gens le font depuis le début. C’était une véritable catastrophe». Cette déclaration est de Nguene Paul , un habitant Eseka.
Rencontré ce vendredi 21 octobre 2017, aux  environs de 10h, pendant qu'il traversait  les  rails, il a  tenu  à partager avec nous les souvenirs de ce drame.
  Dans une ambiance relativement calme qui règne dans la capitale du département du Nyong et Kelle, le soleil darde paresseusement ses rayons sur la ville. Une fine  pluie  s'abbat sur la  ville et oblige  les  habitants à s'abriter. A quelques mètres de la gare ferroviaire d’Eseka, plus précisément au lieu où s’est produit le déraillement du train voyageur 152 de Camrail à destination de Douala, c’est un calme apparent
.  Au milieu de cette broussaille qui s’observe de part et d’autre, même les oiseaux ne chantent pas. Seul le passage de quelques piétons empruntant les rails rompt  le silence régnant ici. Sur le site témoin de ce terrible accident qui avait entraîné la mort de plusieurs dizaines de passagers (79 de sources officielles et plus d’une centaine selon les riverains) et blessés plus de 590 autres, rien de particulier ne prouve qu’il y a eu accident mortel de train à cet endroit. Les hautes herbes ayant envahi les ravins dans lesquels étaient tombés des wagons et les différentes victimes.
A la gare d’Eseka plus précisément à l’arrière du bâtiment abritant ce service, des wagons du train 152 de Camrail sont parqués. Portant chacun les stigmates de cet accident meurtrier, certains sont couchés sur le dos. Cabossés par endroit, réduit en un tas de ferraille et ou encore sans vitres, l’état de ces wagons traduit l’ampleur de cette hécatombe qui a rendu la ville d’Eseka tristement célèbre.
 Si le site et les Wagons sont muets et ne renseignent pas suffisamment sur l’ampleur du drame, les riverains témoins de l’accident disent être encore sous le choc. un an après cet  hécatombe, ils peinent à oublier ce qu’ils ont  vécu. Ils s’en souviennent d’ailleurs avec beaucoup d’émotions et de  douleurs. «Je  rentrais  des  classes. Le  train  faisait  des  grands bruits. Il sifflait sans  arrêt et  est  venu  tomber ici. Beaucoup de  gens  sont  morts. Depuis  ce  jour  là,  je ne  marche  plus  sur  les  rails.  J’ai  vu  le  cadavre de gens, des  corps  décapités. Ça m’a beaucoup  fait  mal. Je ne  peux  pas  oublier. J’ai même  failli  m’évanouir. Chaque fois  que  je  pense à cet accident j’ai peur», raconte  avec  beaucoup d’émotion Mballeguel  Dieudonné élève au Cm2 à l’école publique d’Eseka. «Le lendemain, je ne voulais plus aller à l’école. J’ai passé mon temps à pleurer. J’ai vu le cadavre d’un garçon qui était  comme moi», se  souvient avec beaucoup de peine  le  jeune garçon de 14ans tout éploré.
C’est  dans le même état d’esprit que se trouve Nkeh Marie une autre  riveraine. «Mon fils, j’ai de la peine à mangé de la viande chez moi. J’ai vu des êtres humains  réduits en pâte. Jusqu’à présent  j’ai  encore peur. Je dors et sursaute  dans la nuit. Puisque c’est derrière ma  maison que l’accident s’est produit. C’est  chez moi que  ceux  qui ont secouru les victimes se sont lavés les mains à la fin», se souvient elle avec beaucoup de nostalgies «je continue à avoir peur chaque fois que le train passe» affirme  cette  dernière avec  beaucoup de peines.
Comme Dieudonné Mballeguel et Marie Nkeh, c’est tous les  habitants de la ville d’Edea qui sont encore  sous  le choc de ce drame. La vue des restes des wagons du «train de la mort», les  replonges dans le triste souvenir de ce 21 octobre 2016. «On ne peut pas oublier ça. Ce n’est pas  facile. Quand un étranger à Eseka se renseigne sur le lieu de l’accident, tout le monde se souvient de  ce  jour là. Nous  allons vivre  avec ce souvenir jusqu’à la fin de nos vie», pense avec beaucoup de remords Dieudonné Ntep, le président de l’association des jeunes du département du Nyong et Kelle.
 
Hervé  Villard Njiéle Envoyé  spécial
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