Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Hervé Villard Njiélé

Dieudonné Yebga: Paul Biya a trompé les camerounais

7 Novembre 2017, 08:23am

Publié par Hervé Villard

  Président en exercice  du Manidem, parti politique d e l'opposition au Cameroun, Mbombog  Dieudonné  Yebga  fait  partie des Camerounais    témoins  de l’accession au pouvoir du  président de la république du Cameroun Paul Biya. Trente  cinq  après, il fait  le bilan du  règne du président  national du Rdpc à la  tête de l'Etat

 

 Bonjour Président, nous profitons de la journée que le parti au pouvoir consacre à son Président, M. Paul BIYA, pour ses 35 ans à la tête de l’Etat camerounais, pour vous donner la parole, pour élaborer une sorte de bilan, de nature à éclairer le Peuple camerounais sur les enjeux de la prochaine élection présidentielle.

 

je vous remercie, pour l'intérêt que vous portez à notre parti. Je voudrais profiter de l’occasion, pour encourager tous les journalistes qui ne cessent d'informer et surtout d'éclairer le peuple qui ne demande que cela.
Pour ce qui est de votre question, il me plait de rappeler que la force médiatique et l’argent volé ont permis, à travers le Kamerun, d’organiser des manifestations importantes, au cours desquelles, le bilan du régime de M. BIYA a été occulté. C’est donc, fort à propos, que je vais y répondre.
En d’autres circonstances, ma réponse aurait tenu en deux phrases : d’un coté, l’avènement de M. BIYA a suscité beaucoup d’espérances dans nos populations, mais de l’autre, sa pratique politique a montré qu’il n’était pas en phase avec notre Peuple. Quel gâchis !
Une telle réponse serait pertinente, mais elle manquerait de pédagogie de lutte. Elle risquerait même de s’avérer contre productive pour la lutte.
Président, s’il vous plait, soyez plus précis
J’y viens. Mon propos, conformément à notre démarche d’analyse, consiste à critiquer ce qui n’a pas marché et, en même temps à reconnaître les petites avancées mêmes timides. Car, nous savons que les ruptures importantes surviennent, presque toujours au terme des avancées quantitatives, qui donnent l’impression que rien ne bouge, alors que le magma bout sous le volcan.
Mon bilan comprendra trois étapes : les espérances suscitées, les avancées en demi-teinte et la reproduction des exigences du néocolonialisme.
Les espérances suscitées.Il y en a trois :
La volonté de rupture. Il fallait une certaine audace, pour en même temps classer Ahidjo, comme un géant de l’histoire, et prétendre que son système devait être remplacé par la prise en compte des soucis éthiques et de performance. Voici deux extraits de discours prononcés en l’espace de deux semaines : « …Amadou Ahidjo se sera révélé à nos yeux comme … un géant de l’histoire tout court » (prestation de serment du 6/11/82) et « s’agissant en particulier de la maîtrise éthique, faite d’honnêteté, de probité, d’intégrité, de conscience professionnelle et de justice, elle doit tendre à faite du Cameroun, une société saine, harmonieuse, solidaire dans ses luttes, comme dans la jouissance des fruits de développement. Une reconnaissance claire que tout ceci a manqué, sous son prédécesseur. Ses discours sur l’immobilisme ressemblent à s’en méprendre à ses demandes de preuves de corruption dans les années 1980 : il a chaussé les bottes de ce dernier, avec une certaine aisance.
La liberté d’expression. Personne n’oubliera – en tout cas, pas au MANIDEM, son « aucun Camerounais ne sera plus contraint à l’exil pour défendre ses opinions ». Surtout parce qu’il a joint les actes à la parole : nombre de nos camarades, parfois exilés depuis des décennies, ont pu revenir dans leur pays et continuer leurs activités politiques. Il en est de même du ton donné à la presse : une diversité d’opinions s’y exprime, qui demande à être renforcée par un soutien étatique plus conséquent. je ne peux clore ce propos, sans évoquer la camisole de force qui est imposée aux partis politiques par l’administration, pour qu’ils se mettent d’accord avec le RDPC, pour pouvoir s’exprimer librement.
L’engagement pour la construction d’un véritable développement. Son leitmotiv principal au cours de ces premières années d’exercice du pouvoir suprême était que « cette politique volontariste et systématique de croissance économique n’a évidemment de sens que si elle continue à promouvoir l’amélioration des conditions de tous. C’est alors de justice sociale, qu’il s’agit, c'est-à-dire de la finalité ultime du développement. » Il a été oublié depuis longtemps
Les avancées en demi-teinte. J’en relèverai deux :
D’abord, l’importance de la parole donnée. Le présidentialisme instauré par Ahidjo l’avait transformé en demi-dieu, qui réfléchissait et agissait au nom du peuple kamerunais.Le discours de M. BIYA se voulait différent : promesses de réduire l’écart entre les villes et les campagnes, de logements sociaux à prix réduits, lutte pour la promotion de la moralisation de la vie publique etc. Aucune promesse tenue. Mieux, lorsqu’une interpellation survient, elle est traitée comme une rébellion. Voici, ce qu’il disait par exemple du bilinguisme : « le bilinguisme n’est pas seulement un vecteur de la culture, mais une force unificatrice à l’intérieur, le sceau de notre identité nationale et un excellent passeport mondial. Continuons donc à l’entretenir et à améliorer notre bilinguisme. » Qu’est-ce qui a donc provoqué la crise dite anglophone, si ce n’est qu’il a oublié le « continuons ».
Ensuite, les explications erronées des situations. Le cas qui revient, le plus souvent, est l’analyse des conséquences du coup d’Etat du 6 avril 1984. De nombreux supporters pensent que c’est ce dernier, qui est responsable de son enfermement et de son détournement des préoccupations populaires. De mon point de vue, c’est lorsque M. BIYA a décidé, contre toute attente, de s’approprier  l’UNC, ce parti de fraudeurs en douane, de délinquants bancaires et autres fonctionnaires corrompus. Ceci s’est concrétisé par un débat dans lequel les soutiens de M. BIYA estimaient qu’on ne peut pas mettre du vin frais dans de vieilles outres. C’est donc une feinte de corps qu’il a réalisée et le protège par rapport à ses reculades.
La reproduction des exigences du néocolonialisme. .
Pour faire simple, j’en retiens trois principales :
La soumission du pays aux intérêts étrangers. Notre pays a été conçu par les colons, comme réserve de matières premières, désarticulée et incapable de développer un dynamisme autonome et auto-entretenu. Malgré les discours sur l’intégration nationale, la réalité de cette dispersion imposée par les colons restent visibles. Comment expliquer le détour par Loum, lorsque des Kamerunais veulent aller à Tombel. Il convient de replacer la percée chinoise au Kamerun dans un contexte où la France est devenue incapable de maintenir la parité du FCFA, sans un commerce extérieur conséquent ; le renforcement de notre commerce extérieur a comme conséquence une couverture de notre pays à l’aide chinoise.
La conception de la loi. Alors que le multipartisme était inscrit dans la constitution, le ministre de l’AT de l’époque, Jean Marcel Menguemè, répondait à cette revendication que « c’est un couteau à double tranchant et qu’on ne peut pas le donner comme un jouet à un enfant. En clair, les Kamerunais ne sont pas mûrs. M. BIYA ne fait pas autrement avec la décentralisation : il va à son rythme et chaque contradiction sur la question est considérée comme une initiative contre l’unité nationale.
La programmation économique fantaisiste. Les plans quinquennaux étaient de rigueur sous Ahidjo, mais ils n’étaient que l’arbre qui cachait la forêt : les réalisations atteignaient rarement les 40%, signifiant que ce n’est pas ce qui était programmé qui était réalisé. Le plan a disparu, mais la pratique est demeurée ; c’est ce qui explique en grande partie la sous consommation des crédits d’investissements, mais plus grave un endettement démesuré. Un journal de la place annonçait dernièrement « plus de 2800 milliards FCfa d’emprunts camerounais en errance chez les bailleurs de fonds », c’est près de 60% du budget de l’Etat en 2018.
Le journal: C’est effrayant ce bilan, malgré les précautions de langage que vous avez exprimées au début. D’après vous, qu’est ce qui est à prévoir, si M. BIYA est réélu en 2018.
 Il s’agit de notre pays ; nous devons à tout moment pouvoir le regarder froidement. Donc, il n’y a aucune exagération dans ce que je dis. Au regard de cela, vous me posez la question de l’électron présidentielle de l’année prochaine. C’est un sujet de préoccupation. Mais beaucoup de nos compatriotes l’abordent sous l’angle du désintéressement. Ils appellent à sa réélection.
Je vais commencer par dire que c’est une affaire, qui regarde son parti. S’il est assez inconséquent pour lui redonner cette occasion, il sera responsable devant le Peule kamerunais.
Il faut savoir que par pudeur, je n’ai pas abordé la question de l’administration de notre pays. Depuis que M. BIYA a déclaré la guerre à BokoHaram et que le peuple s’est mis en branle, pour fournir des moyens à nos forces armées, cette guerre est entrée dans les oubliettes. Elle se rappelle à nous, de temps en temps, quand un haut gradé est tué. Mais que se passe – t –il là-bas réellement ? La vérité est que la région de l’Extrême Nord est passée sous le contrôle de l’armée. N’est-ce pas la même évolution que l’on observe dans les régions anglophones, dont la lutte doit être oubliée ?
Le point d’orgue de l’inquiétude doit se situer à ce niveau : le régime de M. BIYA ne règle pas les problèmes. Si d’aventure, d’autres luttes étaient déclarées, il se battrait pour que les forces armées l’étouffent et qu’elles sortent de  l’esprit des Kamerunais.
 Et votre mot de la fin
 Les tergiversations des agents du néocolonialisme ont apporté la preuve que leur préoccupation n’était pas de construire notre pays. Pour que cela ne se voie pas clairement, ils essaient d’étouffer le projet porté par UM NYOBE et ses camarades, en multipliant des comportements de nature à tromper certains d’entre nous. Nous devons, malgré les péripéties de la lutte pour la construction nationale, le dépoussiérer et le remettre au goût du jour. Le MANIDEM S’Y EMPLOIRA DE TOUTES SES FORCES
 
 
 

 

 

 

 

 

Commenter cet article