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Le blog de Hervé Villard Njiélé

Cameroun : les pistes de la succession

31 Décembre 2009, 13:01pm

Publié par hervy

 

En ce tournant crucial du destin de Biya, 76 ans,  à la tête de l’Etat, un autre destin est en marche vers le même objectif. Que ce soit grâce à l’horloge biologique ou par  le coup de pouce du prince, le ministre camerounais de la défense est sur les starting-blocks.


Quelque 5000 militants et sympathisants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) ont participé, samedi à Sangmélima, la ville natale du chef de l’Etat située à 165 kilomètres au sud de Yaoundé, à un meeting pour demander à Paul Biya de se « présenter à la prochaine élection présidentielle, à laquelle ils lui promettent un vote massif ».

Messe noire ou répétition d’un ballet pour l’ouverture de la saison électorale ? A 76 ans et sans visibilité aucune sur l’alternance au pouvoir, Paul Biya est devenu un problème pour les camerounais, autant ceux qui le soutiennent que ceux très nombreux, qui rêvent de le voir prendre une retraite bien méritée.

Les arguments des anti-Biya est qu’il est l’homme de la ‘déstructuration’ de l’Etat. Depuis son ascension au pouvoir souligne t-on, le Cameroun n’a cessé de dégringoler économiquement et socialement. L’union sacrée autour de la république s’est désintégrée. L’incertitude aujourd’hui plane autour de son départ, alors que les mécanismes de succession demeurent flous. Ce qui fait craindre des lendemains périlleux pour la paix sociale.

A ce propos, les arguments des pro-Biya s’appuient justement sur l’acception  qu’il est l’homme de la paix sociale. Que lui seul peut garantir une cohésion civile que son départ pourrait hypothéquer.

Problème : Ne partira t-il pas un jour ? Que faudrait il faire alors de l’après Biya ? A l’intérieur comme dans la diaspora, des groupes de pressions sont déjà en place pour répondre à cette question, chacun par rapport à ses intérêts. Il y a des nébuleuses comme le G11 que l’on dit décapité à cause de l’incarcération de plusieurs de ses membres influents. Mais il y a aussi le G10, plus ou moins constitué des proches de Biya. Il y a un groupe appelé Brutus dont on ne sait presque rien, qui prétend également placer un successeur. La diaspora tant des Etats Unis que de l’Europe  est unanime à s’accorder sur le départ immédiat et sans conditions de l’homme du Renouveau.

A l’intérieur du régime que traversent des courants contraires, l’on suppute aussi sur le possible prince héritier. Trois noms sont présentés : René Sadi, le patron administratif du RDPC ; Franck Biya, le fils et ‘conseiller occulte’ de son père. Mais le nom le plus sérieux qui est avancé par les fins connaisseurs du régime est celui de Edgar Alain Mebe Ngo’o, l’actuel ministre camerounais de la défense.

Plusieurs faits militent pour sa ‘cooptation’ comme le successeur de Biya selon le scénario togolais ou plus sûrement gabonais. Depuis sa Licence en Sciences économiques obtenue à l'Université de Yaoundé en 1982, Edgar Alain Mebe Ngo'o a fait du chemin. Après l'obtention de son diplôme à l'ENAM trois ans plus tard, il occupe les fonctions de conseiller économique auprès du gouverneur de la province de l'Est à Bertoua. Avant d'être nommé secrétaire général de la province du Nord à Garoua en 1988. C'est en 1991 que cet originaire de Sangmélima, dans le département natal de Biya, entame sa carrière dans la préfectorale. Il sera tour à tour préfet des départements de l'Océan à Kribi, de la Mefou et Afamba à Mfou et du Mfoundi à Yaoundé. C'est d'ailleurs de là que part cet administrateur civil principal en 1997 pour le poste de directeur du Cabinet civil de la présidence la République du Cameroun (DCC). Il sera nommé en 2004 Délégué général à la Sûreté nationale, cumulativement avec ses fonctions de DCC jusqu'en juin 2005.

Hauteur

A 52 ans, Edgard Alain Mebe Ngo'o, marié et père de quatre enfants, est aujourd’hui ministre en charge de  la Défense. « La responsabilité est importante, délicate et sensible. Mais je sais que le président de la République va continuer à m'appuyer et me soutenir. Je compte sur tous mes collaborateurs sur lesquels je vais m'appuyer pour que nous relevions ce défi collectif », avait déclaré  le nouveau ministre délégué à la présidence chargé de la Défense. Alors que les félicitations fusaient de toutes parts à son domicile, le nouveau Mindef se posait une seule question. « Serais-je à la hauteur de la grande confiance du chef de l'Etat? ».

Edgard Alain Mebe Ngo'o, prochain président de la République ? Son itinéraire plaide pour cette hypothèse prise très au sérieux dans les chancelleries, surtout lorsqu’on y ajoute la touche filiale. En effet, comme Ali Bongo présenté comme tel par ses adversaires politiques durant la campagne électorale gabonaise, le ministre de la défense camerounais  est dit on, le fils adoptif du Président Biya. C’est le père de Mebe Ngo’o qui encadra le futur président de la république, alors élève puis étudiant.  Celui-ci a son tour s’occupa du fils de son tuteur.

La suite de l’affaire ? Au moment ou le tuteur s’apprête à rempiler pour un nouveau mandat qu’il achèverait à 83 ans, Mebe Ngo’o est opportunément nommé à la défense qui est une excroissance de la présidence. Comme hier Ali Bongo. Quel que soit le scénario possible d’une vacance de pouvoir, il tient les rênes de la force militaire. Il pourrait donc jouer un rôle important dans une transition. Pour s’imposer ‘démocratiquement’ comme Ali Bongo, ou pour imposer quelqu’un d’autre du sérail…

 

Edouard Kingué

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