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Le blog de Hervé Villard Njiélé

Coupe du monde 2010: Brésil -Argentine et Uruguay -Ghana,la chronique de Célestin Monga

4 Juillet 2010, 21:21pm

Publié par hervy

Brésil - Hollande



Arrivé au Canada il y a deux jours pour donner un cours à l’Ecole d’été de l’Université de Montréal, je me demandais comment j’allais bien pouvoir occuper mon temps libre pendant une bonne dizaine de jours dans cette ville étrange où les gens éprouvent de la jouissance à visiter des églises. Heureusement, il y avait dans les parages l’ami Richard Bona, distillant des séances de haute sorcellerie dans deux concerts à guichets fermés au Festival de Jazz. Puis, la Coupe du monde a repris ses droits ce matin, comme un coup de tonnerre mais aussi un éclat de vérité dans une compétition où le mensonge a semblé jusqu’à présent être la vertu suprême. Oui, le match Brésil-Hollande nous a offert enfin à une époustouflante économie politique du mensonge. Pendant la première mi-temps, on a retrouvé la Seleçao de l’entraîneur Dunga, construite à son image : arrogante, brutale, tricheuse, efficace. Jouant regroupés dans un système de 4-4-2 massif, les Brésiliens nous ont même fait croire qu’ils étaient sérieux et dominateurs. Ils étaient fiers d’eux-mêmes, confiants, rapides, dictant le tempo du match, et se livrant de temps à autre à leurs exercices favoris d’illusionnisme, où ils se contorsionnent comme des marionnettes lorsqu’ils perdent le ballon, obligeant l’arbitre à siffler des coups-francs en leur faveur. Lucio, Luis Fabiano et Dani Alvès étaient particulièrement habiles à ce type de mensonge. Mais parce qu’ils sont Brésiliens, ils ont montré aussi qu’ils étaient capables de jouer au football, ne serait-ce que par inadvertance. Surtout qu’en face d’eux, les Hollandais donnaient le sentiment de fuir leur destin : fébriles, fiévreux, statiques et absents, ils jouaient comme l’équipe nationale du Vanuatu. A la dixième minute, le milieu de terrain Brésilien Felipe Melo reçoit un ballon anodin dans son camp et prend le temps d’observer le mouvement du jeu, sans subir aucune pression adverse. Publicité Robinho face à Nigel de Jong Constatant que l’axe central de la défense hollandaise est mal positionné, l’attaquant Robinho s’engouffre dans un appel de balle humiliant, entre le libéro et le stoppeur, comme s’il se promenait dans sur sa plage privée de Rio de Janeiro. Le voyant partir tout seul dans cette flânerie, Felipe Melo lui fait une passe en profondeur, à ras-de-terre, sur plus de trente mètres, au milieu de la soi-disant défense hollandaise : 1 but à zéro, balle au centre. C’était à la fois joli et grossier, car la faute de la défense—notamment le mauvais placement du stoppeur Ooiyer et l’absence de permutation et de couverture du libéro et du latéral droit hollandais était presque des actes criminels. A ce moment-là, on se dit que les Brésiliens vont «tuer» le match. Ce d’autant qu’ils écrasent psychologiquement et techniquement leurs adversaires. Contre l’avis de leur coach Dunga, que l’on sait ennemi du beau jeu, Kaka, Maicon, Dani Alvès, Robinho et Fabiano expérimentent même de nouvelles chorégraphies, sans parvenir cependant à s’offrir le deuxième but précieux qui aurait pu leur servir de bouclier mental contre le cours du jeu. Souriants, détendus—à l’exception de leur coach qui paraissait génétiquement agité—les Brésiliens croient avoir déjà gagné leur trophée. Ils étalent leur bagage technique effrayant : des amortis aériens de la poitrine de Fabiano, des talonnades et ailes de pigeon de Robinho, des remises instantanées de Kaka, des accélérations fulgurantes de Maicon… Leur défense très regroupée se moque des pseudo-attaques hollandaises, souvent conduites par Arjen Robben, hésitant et cafouilleux. Certes, Wesley Snejder, le pétillant meneur de jeu hollandais, se signale en offrant quelques longs ballons dangereux à la Michel Platini à ses ailiers. Mais aucun Brésilien n’y fait attention. Peut-être pensaient-ils déjà au prochain carnaval de Rio ? Sneijder donne l'avantage aux Pays-Bas grâce à son but de la tête Les choses changent complètement à la reprise. Sneijder devient encore plus remuant, et Robben cesse de perdre des ballons—comme s’il avait subitement absorbé une potion magique. Son unique pied gauche lui permet de contrôler le ballon plus longuement, au grand dam de la défense brésilienne et notamment du latéral gauche Michel Bastos, que Dunga est contraint de sortir pour lui éviter de prendre un carton rouge. Le moteur de l’équipe brésilienne s’enraye complètement lorsque le récidiviste Snejder s’applique à placer un centre vicieux dans les buts, obligeant le gardien Julio César à commettre la faute la plus petite et la plus grave de sa carrière : s’étant élevé de façon hasardeuse dans les airs pour repousser le ballon, il a mal apprécié la trajectoire du centre de Snejder et n’a pu que bousculer son propre coéquipier Felipe Melo, dont la tête a envoyé le ballon dans les filets. Une erreur aux proportions épiques : 1 but partout, ballon au centre, on allait voir ce qu’on allait voir. Oui, l’heure de vérité avait sonné chacun allait révéler ce qu’il avait véritablement dans les tripes. Stupeur : le monde entier a découvert que cette équipe du Brésil-là, c’était en réalité du vent. Bâtie sur une réputation historique, c’était un vrai tigre de papier, incapable de se ressaisir, de dominer son sujet, de changer de rythme et de stratégie. Affichant une arrogance imbécile, elle semblait subitement compter sur l’arbitre pour s’offrir un pénalty ou une balle arrêtée qui lui aurait permis de gagner la rencontre. Malheureusement pour elle, ce brave Japonais élevé dans la culture du hara-kiri s’accommodait de l’idée de voir la Seleçao s’autodétruire devant plusieurs milliards de téléspectateurs. Robben face à Daniel Alves et Robinho Les choses ont tourné d’autant plus mal pour les Brésiliens que Robben avait retrouvé son âme et son intelligence. Pesant sur le flanc droit de l’attaque hollandaise, il crée une atmosphère de doute qui conduit le défenseur Juan à concéder inutilement un corner. Peu concentrée, la défense laisse le ballon arriver sur le crâne dégarni de Snejder qui, seul à un pas de la ligne des buts, enterre définitivement les ambitions et les mensonges brésiliens. Malgré ce deuxième but, les spectateurs les plus naïfs qui se refusaient à admettre la médiocrité de l’équipe de Dunga continuaient d’espérer un miracle. Rien à faire : au contraire, ce sont les Hollandais qui ont été les plus dangereux en fin de rencontre. Robben est même parvenu à rendre fou furieux Felipe Melo : ce dernier a écopé naturellement d’un carton rouge suite à une attaque à coups de crampons qui aurait pu lui valoir un procès en correctionnelle. Au final donc, un match qui aura été surtout un choc de deux attitudes : d’un côté, la superficialité mensongère d’un football brésilien minimaliste, besogneux et menteur, conçu par l’entraîneur Dunga comme un château de cartes. En face, un football hollandais élaboré sur la méditation, la gestion des émotions, le retour au soi intime lorsque l’on est confronté à l’adversité. Ce n’était donc pas une affaire de talents, mais de capacité nerveuse, de résilience et vérité. Ni les jolies larmes de Kaka à la fin du match ni le dépit de Dani Alvès, ni le regard délicieusement méchant de Maicon ne pouvaient dissimuler la faillite stratégique et tactique d’un entraîneur qui devrait, à mon humble avis, démissionner et considérer une carrière dans la plomberie.

 

 

 

 

 

 

Ghana - Uruguay

La rencontre Uruguay-Ghana a été un test de cardiogramme pour 1 milliards d’Africains. Le pays de Kwame Nkrumah avait ouvert la voie de la souveraineté politique à de nombreux Etats africains en obtenant son indépendance en 1957. Puis, il avait aussi montré le mauvais chemin en s’illustrant par de nombreux coups d’état et dictatures militaires dans les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt. Mais depuis plus d’une décennie, cette nation extraordinaire semble avoir fait le point sur elle-même et décidé de redevenir le porte-drapeau d’une Afrique qui se prend en charge, qui croit en elle-même et qui gagne. Ses performances politiques et économiques impressionnent et la positionne de nouveau comme leader du continent. Pas étonnant donc que son équipe de football se soit distinguée comme la moins mauvaise des équipes africaines au Mondial sud-africain. La question était sur toutes les lèvres : cette jeune équipe ghanéenne qui rencontrait l’Uruguay en quarts de finale aurait-elle les ressources psychologiques et physiques pour réaliser l’exploit de porter les rêves africains en demi-finale ? Ni le Cameroun de Roger Milla en 1990 ni le Sénégal d’El Hadj Diouf en 2002 n’avait pu le faire. Malheureusement, la réponse est tombée dès les premières minutes du match : ces braves Ghanéens ne pouvaient pas aller plus loin. Non pas que l’Uruguay de Diego Forlan se soit montrée véritablement supérieure ; simplement, les Black Stars trahissaient d’entrée de jeu un déficit de confiance en eux-mêmes, perceptible dans leur fébrilité, leur nervosité, et les hésitations de leur défense. Diego Forlan, auteur du but égalisateur de l'Uruguay Avaient-ils été traumatisés par les encouragements de Nelson Mandela ? Lors du premier quart d’heure de jeu, ils ont concédé 7 coups-francs et 4 corners. Laissant beaucoup trop d’espace aux attaquants uruguayens, ils étaient rarement les premiers sur le ballon. Comme s’ils n’avaient aucune confiance en leur propre technique, ils pratiquaient un marquage de zone inefficace. Par ailleurs, leurs rares attaques étaient individualistes et décousues. Malgré l’engagement physique et l’impressionnante motivation de Kevin Prince Boateng, l’absence d’un vrai meneur de jeu du calibre d’André Ayew se faisait cruellement sentir au milieu de terrain où les ballons circulaient au hasard. L’enthousiasme naïf d’Asamoah Gyan et les solos cacophoniques d’Asamoah ne pouvaient tromper personne : ce Ghana-là jouait désordonné et incertain, comme le Nigeria ou le Burundi. En face, les Uruguayens évoluaient en 4-3-3 et jouaient d’abord en confiance, comme s’ils étaient à domicile. Le souffle moqueur des «vuvuzelas» ne semblait pas les perturber—bien au contraire. Forlan et Suarez voltigeaient comme des oiseaux. Mais précisément parce qu’ils sont Uruguayens, ils se sont vite montrés impatients. Dès la demi-heure de jeu, leur milieu de terrain a lâché. Les espaces se sont ouverts. C’est alors que Sulley Muntari, qui voulait régler ses comptes avec ceux de ses compatriotes qui continuent de ne pas le prendre au sérieux, a décroché un tir de trente mètres pour ouvrir le score. Le tam-tam a alors rugi dans la brousse. La bière a coulé à flots dans les bars. Mais ceux qui célébraient si vite la victoire n’avaient probablement pas bien observé le jeu ghanéen, qui était assez médiocre. Et la deuxième mi-temps en a révélé toutes les carences : mentalement incapables d’entrer dans le match, les Black Stars pataugeaient et se livraient à un véritable exercice de bricolage. Pantsil se montrait inutilement agressif et barbare, concédant un coup franc que Forlan n’allait pas se faire prier pour envoyer au fond des filets ghanéens. 1 but partout, ballon au centre. Gyan Asamoah réconforté par un membre du staff ghanéen Que faire ? Il fallait changer quelque chose. Mais quoi donc ? L’effectif disponible n’était pas mentalement au niveau de l’enjeu. Le coach serbe, qui a vécu la guerre civile dans son pays et connaît toutes les ruses contenues dans L’Art de la guerre de Sun Tzu, a cru pouvoir s’en tirer avec de la duperie, un coup de bluff. Il a fait rentrer un meneur de jeu supposé. Stephen Appiah a ainsi débarqué, affublé d’un luisant numéro 10. Catastrophe : présenté sur la feuille de match comme âgé de vingt-neuf ans, se déplaçait comme s’il en avait soixante-dix. Dominic Adiyah courait en désordre, sans logique ni objectif. Asamoah se montrait incapable de shooter plusieurs corners successifs. Comble du comble : Asamoah Gyan, joueur passablement brouillon malgré un certain talent, a manqué le pénalty historique. Avec un dilettantisme inouï, il a placé le ballon de la victoire sur la barre transversale. A ce moment-là, l’histoire était terminée. Ses coéquipiers John Mensah et Adiyah, qui ont manqué eux aussi des tirs au but, l’ont fait sans élégance ni conviction. Peut-être avaient-ils peu de leurs ombres ? Ont-ils simplement pensé aux vingt-sept années que Mandela a passées en prison ? Ont-ils compris qu’il s’agissait de bien plus qu’un simple match de football ? Triste journée de football-vérité. Car en réalité, les Ghanéens n’ont pas démérité. Ils ont fait de leur mieux. Mais leur mieux n’était pas assez. Cette rencontre a donc été un strip-tease douloureux pour le football africain, vaincu par ses propres faiblesses, terrassé par ses frayeurs. Au lieu de se congratuler pour avoir une fois de plus échoué en quarts de finale, les fédérations africaines devraient faire le point sur elles-mêmes. Et mesurer le long chemin qu’il faut parcourir pour être digne de respect.

Celstin Monga

source Grioo com

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