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Le blog de Hervé Villard Njiélé

Crash camair 1995 : « Le gouvernement camerounais n’a rien fait »

10 Juillet 2012, 22:17pm

Publié par Hervé Villard

crash-du-boeing-737-200-de1995.jpgTchaptchet Maurice

« Le gouvernement camerounais n’a  rien fait »

Rencontré dans le cadre du crash du boeing 737 de la Camair, baptisé le Nyong,crash qui s'est produit en 1995,  et  au cours duquel 71 passagers ont péri, Maurice Tchapchet , l’époux de Philomène Tchaptchet Yonkeu, décédée dans cet avion, revient sur les circonstances de ce drame et les cafouillages qu’il y a eu autour des indemnisations

 

 Monsieur  Tchaptchet Maurice on sait que votre femme est décédée dans le crash du boeing 737 A de la Camair en 1995 comment avez-vous appris la nouvelle ?

Je savais que mon épouse arrivait ce jour et je suis moi même allé l’attendre à l’aéroport. Dans l’enceinte de l’aéroport, quand l’avion  s’est annoncé  j’étais moi-même content de l’apercevoir quand la tour  a annoncé  son atterrissage  dans moins de 10 minutes. Quand l’avion a mis près de 20 minutes pour atterrir, je me suis demandé ce qui n’allait pas.  Car, généralement quand on déclare que l’avion fait bloc, cela signifie que l’avion est prêt à atterrir.  Mais ce jour là, quand  on a annoncé que l’avion faisait bloc, on a passé plus d’une vingtaine de  minutes sans que l’appareille n’atterrisse.  Par la suite, quand j’ai aperçu les phares de l’avion, je me suis dit que l’avion avait atterri. Mais, il a mis le plein gaz et est tombé dans la mangrove de Youpwe.  Immédiatement, je mis suis mis à courir en direction de Youpwe, J’ai traversé le bois de singe  seul et à pied. Je  suis tombé à plusieurs reprises  dans le cimetière pendant la marche. Puisque

Comment avez vous su que l’avion était tombé à Youpwé

 J’étais agent Camair, et j’étais témoin des différentes manœuvres que l’avion a fait, je savais que l’avion était tombé dans la mangrove de Youpwe.

Qu’avez-vous observé sur le site du crash quand vous êtes arrivés la-bas ?

Quand l’avion s’est posé et a redécollé, les deux réacteurs  enflammés se sont envolés. J’ai commencé par crier. Et c’est à ce moment que l’avion est descendu à Youpwe. Au départ, je croyais que c’était à coté. C’est quand j’ai traversé le cimetière à pied et que j’ai rejoint le goudron que j’ai constaté que la distance était longue. Les sapeurs pompiers qui allaient au lieu du crash m’ont d’ailleurs débordé en chemin. Je ne suis pas arrivé au lieu de l’incident. Ce sont les pêcheurs qui ont découvert l’épave. Car, l’avion est tombé là où on creuse le sable à Youpwe. Et, ce sont eux qui ont pêché les premières victimes. Madame  Marguerite Welisane faisait partie des seuls survivants.

A partir de quel moment êtes-vous rentrez en possession de la dépouille de votre femme ?

Mon épouse était fracassée. Elle n’était pas calcinée comme tous les restes. Elle faisait partie des premiers corps qui ont été conduits à la morgue.  Au départ je ne savais pas où se trouvait son corps, je croyais que son corps était calciné comme tous les autres. C’est quelqu’un qui fouillait aussi le corps d’un proche parmi les corps déposés à la morgue, qui a reconnu le corps de ma femme et m’a informé.

Est-ce que vous avez reçu une assistance quelconque dans l’organisation des obsèques de votre femme ?

Oui, la Camair m’a aidé pour les obsèques de mon épouse. Elle a fait une petite prise en charge. Elle nous a également  donné un cercueil. Normalement, c’est quand la femme d’un agent ou quand l’agent lui-même  meurt, qu’on fait cela. Ce n’était pas au compte de l’accident.  C’était de droit puisque, j’étais agent Camair et j’étais assuré et mon épouse aussi.

Qu’avez-vous reçu du gouvernement camerounais ?

Le gouvernement camerounais n’avait pas fait signe au moment des faits. Puisque, après le crash et  la prise en charge de la Camair, on attendait toujours le gouvernement. Mais, il n’a rien fait. Quand, Il a même exposé les cercueils, on croyait même que c’était pour nous. Mais, ils sont repartis avec tout. Et, on était obligé d’utiliser les frais que nous a versés la  Camair pour enterrer nos morts.

Issa Tchiroma,  l’actuel ministre de la communication et ministre de transport à l’époque des faits, a déclaré que toutes les victimes ont été indemnisées. Est-ce que vous personnellement vous avez réçu quelque chose ?

Peut être dans l’ignorance. A l’époque, on ne savait rien. On se disait que ce qu’ils nous proposaient nous suffisaient. On ne savait pas qu’il y avait y avait beaucoup d’argent  dans cette affaire. C’est quand il y a eu le clash entre eux maintenant que, nous apprenons qu’on devait être indemnisé à hauteur de cent millions de franc CFA chacun. Et pourtant, nous n’avons rien réçu. Marafat dans sa lettre nous a dit qu’on devait indemniser chaque famille à hauteur de cent millions de francs.  Mais, avec le flou qu’ils ont organisé, on ne sait même plus à qui se plaindre.

Moi j’ai perçu dix millions de la Chanas assurance. Un chèque du montant que je viens de citer m’a été remis par mon assureur et celui-ci ne nous a pas expliqué  les raisons pour lesquelles on nous  remettait ce chèque. On a été convoqué et, dès qu’on  arrivait, on nous demandait de décharger sur une feuille sans toutefois  nous expliquer le mécanisme de calcul de ces indemnités. Quand on a demandé si c’était tout, ils nous ont dit qu’ils ne nous reversaient que ce qu’on leurs a donnés. Qu’ils ne sont que des exécutants

Avez-vous lu la lettre de Marafa Hamidou Yaya  portant sur le crash du boeing 737 ?

A l’époque des faits, on ne connaissait pas Marafa, ces dernièrement dans ses lettres qu’il a dévoilé cela.  Parlant de  cette dernière lettre, je n’ai pas lu. Ce sont les partis de l’opposition qui nous ont  fait savoir qu’on a été  victime d’un détournement. Aujourd’hui dans toutes les presses du pays, on fait cette révélation et c’est ça qui nous réveille aussi. Nous demandons à l’Etat de faire quelque chose. Si le gouvernement ne fait rien pour ces sinistrés, c’est qu’on est vraiment perdu. A la suite de ce crash, nous avons eu plusieurs problèmes dans nos familles. J’ai par exemple eu des problèmes avec ma belle famille, qui a contesté le montant d’indemnisation que j’avais réçu. Elle a déclaré que j’avais négocié pour qu’on verse juste une petite somme.

Que comptez-vous faire à présent ?

Il n’y a que l’Etat qui peut nous aider pour l’instant. Nous avons beaucoup souffert. Ma femme m’a laissé  avec cinq enfants et  le dernier avait 8 mois .Et c’est moi qui l’a élevé jusqu’aujourd’hui. A l’époque des faits, il ne tétait pas. S’il prenait le lait maternel peut être  que sa maman n’allait pas voyager. Si l’Etat peut revoir notre cas, c'est-à-dire nous verser encore de l’argent, je crois que ce sera une bonne chose.

Décrypté par Hervé Villard Njiélé

Source  Equinoxe radio.

 

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