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Le blog de Hervé Villard Njiélé

Douala:Deux morts et plus de 60 motos incendiées dans une emeute à Deido

10 Janvier 2012, 20:59pm

Publié par Hervé Villard

Copie (2) de PICT0174

 

En signe de représailles, les habitants du quartier Deido ont incendiés plusieurs motos, tués deux conducteurs de moto et blessés plusieurs autres  pendant l’affrontement qui ont eu lieu dans ce quartier le 3décembre 2011.

 

Le bilan des émeutes qui se déroulent au quartier Deido depuis le 31 décembre 2011 est effroyable. Deux conducteurs de moto tués, parmi lesquels  un jeune habitant du  quartier Makéa, un autre habitant dans la zone du Km 14. 56 motos incendiées, 16 arrachées et plusieurs autres cassées.

 

Selon Chief Ntonefor Nguimo président national du syndicat national des motos taxi du Cameroun(Synamotac) qui donne cette information, « il faut que cela s’arrête sinon les conséquences de ces évènements seront plus lourdes que ce qu’on a actuellement.» Il interpelle  par ailleurs les conducteurs de moto à plus de calme. «Nous appelons les conducteurs de moto à la paix. Nous sommes leur porte-parole et on ne peut trouver la solution dans l’agitation. Nous sommes en train de prendre des dispositions pour que la vérité puisse être rétablie » affirme le président du Synamotac qui est sur le terrain depuis le début de ces émeutes le 31 décembre 2011.

 Copie de PICT0167

 

 

 Selon celui qui parle au nom des conducteurs de moto, les deux benskineurs assassinés ont été tués hier pendant les échauffourées qui ont eu lieu à Deido. L’un très tôt dans la matinée et l’autre en début d’après-midi.

Parlant de ces affrontements, c’est dans une stupeur généralisée que la ville de Douala et le quartier Deido  plus particulièrement s’est levé hier. Les habitants de ce quartier ont été réveillés par une horde de conducteur de moto en furie. Plus d’une centaine environs, à en croire  les riverains, ces  ont pris d’assaut plusieurs domiciles, ont saccagés  des maisons  et incendié un restaurant non loin du marché Saker à Deido. La propriétaire du restaurant, dame Dorette Epe s’est sauvée de justesse  en passant par une porte située à l’arrière de son restaurant avec son fils.

 

 Copie de Copie de PICT0166

 

Les  conducteurs de motos, furieux du traitement que  les habitants de Deido les ont  infligés dans la journée  du 31 décembre 2011 (bastonnades, des nombreux coups et blessures, plusieurs  motos incendiées le tout  assorti d’une interdiction de circuler dans ce quartier Deido), voulaient en découdre avec les populations de ce quartier  qui leur vouent une haine extrême depuis  le décès de Eugene Monney, habitant de ce quartier, tué par des malfrats à bord d’une moto alors qu’il revenait d’une virée nocturne avec sa conjointe.

Le 3 janvier dernier dans ce quartier, circuler relevait d’une véritable gageure. Pour aller d’un point à l’autre, il fallait faire la marche à pied ou emprunter  les taxis, les motos ayant été interdites. Une chasse aux benskinneurs était d’ailleurs faite par des jeunes de ce quartier armés de gourdins de machettes, de pelles de haches et d’autres objets leur servant d’armes. Patrouillant tels des soldats à la recherche de l’ennemi, tout benskinneur qui tombaient dans leurs griffes n’avait la vie sauve que grâce à l’intervention des éléments des forces de l’ordre présents dans tous les points chauds et les  carrefours de ce quartier. Les motos quant à elles étaient immédiatement incendiées par ces hommes sans foi ni loi qui prétendent «venger la mort » d’un des leurs et surtout «protéger leur territoire violer par les conducteurs de moto taxi.»

 

 

 

 Copie (2) de PICT0181

Ville morte à Deido

 

En dehors des personnes qui allaient à pied, des taxis et autres véhicules qui circulaient à Deido, les activités étaient au ralenties. Boutiques, snacks bars, Boulangeries salons de coiffure, tous avaient fermé les portes.  Les activités étaient aux ralenties.  De peur de voir leur commerce vandalisés comme samedi dernier, propriétaires ont préféré jouer la carte de la prudence en attendant la fin de ce désordre. «On a cassé la boutique de ma voisine samedi et plusieurs vente à emporter à cause de ce problème. Je  ne veux pas perdre mes biens à cause des bêtises.» Déclare Diane gérante d’un salon de coiffure.

Selon cette dernière qui est au courant de cette émeute depuis le début. Plus d’une vingtaine de motos ont déjà été incendiées et leur conducteurs gravement blessés. « On annonce depuis ce matin que deux conducteurs de moto ont été assassinés très tôt ce matin mais je ne suis pas sure puisque, je n’ai pas vu les corps »

 

 

 De la rue Kotto, à la rue de la joie en passant par  la nouvelle route Bonatéki, sans oublier la vallée trois boutiques, le boulevard  des Stars pour ne citer que ceux-là, l’ambiance était la même. Toutes les boutiques  et les ventes à emporter étaient  fermées. Même pas l’ombre d’un buveur de bière. La musique toujours  présente à la   Rue de la joie était  avait foutue le camp. Bref, c’est une ambiance de deuil qui y régnait car, toutes les activités étaient  arrêtées.  Seuls des jeunes armés des gourdins à l’affut des motos étaient visibles dans  tous les carrefours et les axes de ce quartier. Unis par le même esprit, celui de la vengeance, ils  étaient décidés chasser les benskinneurs dans leur quartier à tuer et à bruler tous ceux qui s’entêtent. «A partir de maintenant nous allons surveiller notre quartier. La majorité des agressions et des vols à la tire qui sont fait à Deido sont des conducteurs de moto. Nous allons en découdre avec eux. La police viendra seulement réclamer les corps. Jusqu’à présents nous n’avons que brûler les motos. Maintenant ce sont les conducteurs de moto eux-mêmes que nous allons brûler » menacent les habitants de ce quartier très furieux.

 

 

 Copie de Copie de PICT0166

 

Des forces de l’ordre pour limiter les dégâts.

N’eut été l’intervention des forces de l’ordre de la ville de Douala, la situation aurait viré au pire. La patrouille mixte gendarmerie, polices, polices anti émeutes, les éléments du groupement mobile d’intervention ont  été mobilisés pour parer à tout dérapage. Craignant que cette situation ne dégénère en émeute comme celle de février 2008, les patrons de la sécurité  dans la  région du littoral ont déployé toutes les forces de l’ordre sur les champs des opérations afin de contrôler et de limiter le mouvement.  Faisant usages des gaz lacrymogènes  et des camions anti émeutes à jet d’eau, plus connu sur le pseudonyme « mami wata » les forces de l’ordre présents dans tous les embranchements et carrefours, et à divers points de la ville dispersaient la foule et les manifestants qui se faisaient  de plus en plus nombreux car rongés par la colère.

Dans   les deux camps, la tension étaient perceptibles. C’est l’action de ces engins qui a quelque peu freiner l’ardeur de ce mouvement d’humeur qui d’après les parties prenantes n’est pas encore terminé «Nous, on ne va pas se laisser faire. A partir de 20h 30 vous allez voir» menacent-ils.

Des réunions de sécurité pour de désamorcer la bombe ont par ailleurs eu lieu dans la ville de Douala en présence des hautes autorités de la ville et des hauts responsables de la sécurité.  A la chefferie du canton Deido où l’une d’entre elle a eu lieu, les autorités présentes à savoir, le gouverneur de la région du Littoral Francis Faî Yengo, le préfet du Wouri Okalia Bilaï, le délégué à la communauté urbaine de Douala Fritz Ntone Ntone, Le maire de Douala 3ème Oumarou Fadil, Fritz Ngo, Jean Jacques Ekindi, le général Obama, commissaire des renseignements généraux, Edouard Yetchang, le président du Syndicat autonome des taximen du Wouri et par ailleurs, secrétaire général du Regroupement des syndicats des transports urbains et interurbains pour ne citer que cela on prêché le message de la paix. Pour ces derniers qui tiennent à ce que l’émeute qui a déjà fait plusieurs dégâts s’estompe ont demandé à Gustave Essaka Ekwala, le chef du Canton Deido de  ramener son peuple à de meilleurs sentiments afin que la paix reviennent.  

 

 

Genèse de l’évènement.

L’évènement qui perturbe la paix et la sécurité dans la ville de Douala et qui connait un bilan énorme aujourd’hui a été déclenché par l’assassinat de Eugène Monney, habitant dudit quartier le 31 décembre 2011. Celui-ci a été retrouvé mort au petit matin de la veille du nouvel an, par les populations. Son dos était ouvert par un coup de poignard et baignait dans une mare de sang. Selon les témoignages recueillis au lieu du drame, «c’est autour de 4h du matin. Alors qu’il revenait d’une sortie bien arrosée dans une boite de nuit de la place avec sa petite amie, il est abordé par deux individus à bord d’une moto. Ces présumés moto taximen l’ont mortellement poignardé après une chaude altercation et ce dernier a rendu l’âme sur place». Exacerbées après la découverte de la victime, les populations et en particulier les unes ont investi les différentes artères du quartier Deïdo pour interdire l’accès à la zone aux motos taxis.

 

 

 

C’est ainsi qu’une chasse aux motos taxis va s’organiser, sous prétexte qu’ils sont auteurs du crime commis. Cette course poursuite va causer des blessés graves ainsi que des embouteillages de longue durée au niveau des différents carrefours de ce quartier. Informés, les éléments du commissariat du 9ème arrondissement vont se déporter sur les lieux pour calmer les jeunes, en vain. Mais, face à la détermination des populations d’en découdre avec les mototaxis, des renforts de la brigade ter de gendarmerie de Deïdo, du groupement mobile d’intervention (Gmi 2), ainsi que les éléments des équipes d’intervention rapide (Esir) ne parviendront  pas à dissuader les jeunes. C’est la descente de Bernard Okalia Bilai, préfet du Wouri, qui va apaiser les esprits.

Et, c’est hier très tôt le matin avec les représailles des conducteurs de moto venus se venger en vandalisant des maisons et en incendiant un restaurant que les populations de Deido vont encore se soulever et vont se dresser contre les conducteurs de motos qui n’entendent pas baisser les bras. Selon ces derniers qui disent être victime d’une injustice parce que «on ne vole pas seulement à bord des motos, même dans les taxis on agresse» il faut que justice soit rendue. En attendant, pour limiter les dégâts, la ville de Deido est sur surveillance policière. Des patrouilles de gendarmerie et de la  police sont installées par endroit.

 

Hervé Villard Njiélé.

 

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