Douala: Les populations d’Akwa dans la phobie
La non destruction des restes de l’immeuble qui avait tué deux personnes à l’origine de cette phobie généralisée qui hante les habitants de la Rue Mermoz depuis plusieurs mois déjà.
«La peur de la chute de cette immeuble m’a tellement hantée et cela continue. Pour réussir à être tranquille Chaque fois que je suis à l’intérieur de ma boutique, je remets tout simplement tout à Dieu. Mais, je ne peux pas mentir, j’ai peur que le reste de cet immeuble va s’écrouler. Au moindre bruit, je suis dehors. Il m’est difficile par exemple de me reposer ici.»
Cette déclaration est d’une riveraine de la ville d’Akwa et plus précisément de la Rue Mermoz, lieu où se trouve l’immeuble baptisé «immeuble de la mort ». Tenancière d’une boutique de vente de consommables informatiques et de matériels de bureau, cette jeune mère déclare être hantée par la peur depuis l’effondrement de l’immeuble qui avait tué deux de ses habitants. Cette peur s’est à nouveau ravivée ces derniers jours avec l’éboulement qui a tué deux personnes à Maképé et l’effondrement d’un immeuble de cinq étages à Akwa Nord, qui a fait trois blessés graves. «Quand cet immeuble s’écroulait, j’avais à peine quatre mois. Cette situation m’avait effrayée. Aujourd’hui j’ai peur que cela ne se reproduise puisque l’autre partie de cette immeuble est toujours là et peut tomber d’un moment à l’autre » affirme-t-elle toute inquiète. «En plus, depuis que j’ai appris que un autre immeuble s’est effondré à Akwa Nord, je vous jure que ma conscience n’est plus tranquille », poursuit-elle
Non loin d’elle un autre riverain, vigile dans une entreprise immobilière située tout près, partage la même peine. «On est inquiété depuis que cet accident s’est produit, on ne dors même plus. Mais, on n’a pas le choix. On attend simplement le jour qu’on va détruire ça » précise-t-il.
Comme ces deux riverains de la rue Mermoz à Akwa, c’est tous les habitants de ce quartier du centre des affaires de Douala qui sont dans la consternation. Ces derniers déclarent passer des nuits blanches à cause de cette situation qui perdure depuis plusieurs mois déjà. « On savait qu’on allait détruire le reste de cette immeuble quelques jours seulement après le drame qui s’est déroulée ici. Mais, depuis là plus rien » se plaignent-ils en chœur. « Un jour vous aller seulement entendre que cet immeuble est tombé en tuant des gens comme ce fut le cas de celui qui était effondré », déclare un doyen de ce quartier.
Interrogé au sujet du retard au niveau de la destruction de cet immeuble, le préfet du Wouri Naseri Paul Bea évoque un problème logistique et rassure sur la destruction imminente de ce qui est désormais appelé immeuble de la mort. «L’immeuble de la mort reste encore un danger pour les populations d’Akwa. Nous avons écrit au Génie Militaire qui attend la décision du ministre de la Défense. Puisqu’on ne peut pas casser avec les maçons. On peut plutôt dynamiter cela pour empêcher que cela ne crée des dégâts. Entre temps pour éviter la bataille juridique, nous engageons des négociations avec les propriétaires» a déclaré le préfet du Wouri. En attendant le temps d’aboutissement de toutes ces procédures, la menace plane et la phobie des populations de la rue Mermoz à Akwa persiste.
Drame
A titre de rappel, mercredi 17 juillet 2013, alors que les riverains de cette rue dormaient paisiblement, une partie de « l’immeuble de la mort » de six niveaux encore en construction s’est écroulé en tuant deux personnes. Il s’agit de Carole Mabou, une jeune mère âgée de 28ans et sa fille d’environ quatre ans. Selon des informations, la jeune mère décédée portait une grossesse d’environ cinq mois. Divine Junior Ndjando, le chef de cette famille sauvé de justesse parce qu’il était au boulot, s’était évanoui en apprenant la nouvelle. Il avait d’ailleurs été conduit d’urgence à l’hôpital Laquintinie pour des soins intensifs.
Hervé Villard Njiélé