Election présidentielle; Quand la pléthore de candidature fait jaser
A la fermeture des dossiers le 21 juillet 2025 le compteur d’Elecam affichait 83 dossiers reçus. Un chiffre record jamais atteint dans l’histoire politique du Cameroun qui laisse penser à la désacralisation de la fonction présidentielle au Cameroun.
«Tout le monde peut être président de la république au Cameroun je ne sais pas pourquoi j’ai tremblé. Si je savais qu’on pouvait atteindre le chiffre de 83 candidatures enregistrées à Elecam, je déposais la mienne». Cette exclamation de Cyril Ngotto commerçant au marché New-Deido dans l’arrondissement de Douala 1er parait anodine mais plein de signification. Surpris par ce nombre record de dossiers de candidature à l’élection présidentielle de 2025 jamais atteint au Cameroun, il n’a pas réussi à cacher son étonnement car cela relève de l’inédit.
Incapable de comprendre ce qui se passe réellement il a pensé à un manque de sérieux pour les dirigeants du Cameroun. «C’est la première fois que je vois une telle chose. Donc n’importe qui peut diriger un pays maintenant. Il suffit que l’on remplisse les conditions pour déposer une candidature. Ce n’est pas sérieux», commente celui qui déclare qui pense que le pays a touché le fond.
Non loin de lui, Narcisse photographe regrette de n’avoir pas déposé lui aussi sa candidature. «Je ne savais pas que je pouvais également gérer ce pays. Quand j’ai regardé le profil et les noms de tous ceux qui ont déposé les dossiers je me rends compte que j’ai hésité pour rien aussi. Moi aussi je peux désormais», déclare-t-il tout en souriant.
Comme Cyril et Narcisse, c’est l’ensemble des camerounais qui ont été surpris par la quantité de dossiers de candidature à l’élection présidentielle déposés dans les bureaux d’Elecam au soir du 21 juillet 2025. Devant le chiffre de 83 dossiers qu’affichait le compteur d’Elecam, ces derniers sont devenus tous stupéfaits. Ils n’y croyaient pas. Pourtant.
Cependant plusieurs raisons justifient cette pléthore de candidature. Tandis que certains parlent de la désacralisation de la fonction présidentielle, d'autres évoquent plutôt la mauvaise gestion du régime au pouvoir au Cameroun depuis quarante-trois ans déjà. «Cette prolifération de candidatures à la tête du pays, pour moi, me parle. Cela veut dire que le Cameroun n'a pas eu de son président ce qu'on attendait de ce président. Certains ont attribué ça au fait qu’il n'y a pas eu d'autres candidatures pendant tout son règne. Et que le peuple n'avait pas d’autres choix que de le choisir. C'est peut-être pour cela que ça n'a pas marché», pense Me Alice Nkom, avocate au barreau du Cameroun, membre de la société.
Sur les antennes de la Radio France International (Rfi) Michel Oyane, politologue et enseignant à l'université de Yaoundé 2 justifie cela par la mauvaise gestion du pays . « C'est une inflation record qui renseigne sur le mal-être camerounais, qui renseigne aussi sur la mal gouvernance politique. Les camerounais en sont arrivés à un point où ils banalisent la fonction de président de la République. Peut-être parce qu'ils ne voient pas le président de la République, peut-être parce qu'ils voient que le président de la République a été élu en 2018 et que ce n'est peut-être pas lui qui gouverne véritablement », explique ce dernier.
Son indignation partagée par Viviane Ondoua Biwolé, professeure d'universités et experte en questions de gouvernance d. « Comment pouvez-vous imaginer qu'on ait 81 manifestations de candidature au poste de président de la République. Comment c'est possible, comment c'est envisageable ? En fait, c'est révélateur de graves dysfonctionnements du point de vue de la gouvernance ».explique cette dernière au micro de Rfi.
Si Me Fidèle Djoumbissie avocat au barreau du Cameroun pense que des candidatures pour créer le désordre ont été suscitées, la gouvernance due à la longévité du Chef de l’Etat Paul Biya au pouvoir est à l’origine de cette situation-là. « Le régime Rdpc dirigé par monsieur. Paul Biya n'a pas réussi à mettre en place au Cameroun un système véritablement démocratique. Il y a un échec sur le plan de la construction de la démocratie dans notre pays. Car, s'il avait mis en place des dispositions qui encadrent la démocratie, on ne pouvait pas connaître cet engouement, on ne pouvait pas connaître cette volonté de beaucoup de nos compatriotes à vouloir déposer les dossiers, qui pour la plupart vont s'avérer incomplets», explique-t-il.
Si nombreuses de ces candidatures seront rejetées par le conseil électoral, il faut cependant noter que cela sort de l’ordinaire. Pour rappel en 2018, c’est 28 candidatures qui avaient été enregistrées au départ pour 9 retenus en définitive.
Hervé Villard Njiélé
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