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Le blog de Hervé Villard Njiélé

Me Djoumbissie: «Paul Biya n'a pas réussi à mettre en place au Cameroun un système véritablement démocratique»

30 Juillet 2025, 20:42pm

Publié par Hervé Villard

Me Fidèle Djoumbissie dans ses bureaux

Me Fidèle Djoumbissie dans ses bureaux

Avocat au barreau du Cameroun me Fidèle Djoumbissie réagit à la pléthore de candidatures enregistrées lors du dépôt des candidatures pour la prochaine élection présidentielle. Dans une interview accordée à de votre blog, il dénonce une démocratie mal implémentée par le régime Biya et se projette sur les futures élections à tenir au Cameroun. Celui qui est pareillement militant du Mrc invite les camerounais à jouer franc jeu durant les élections du 12 octobre prochain.

A la clôture des dépôts de candidature à l'élection présidentielle d’octobre 2025, on a enregistré 81 intentions. Comment, en tant juriste vous comprenez ça ? Quelle première réaction d'abord, après avoir écouté ce chiffre ?

Depuis la première élection pluraliste présidentielle de 1992, c'est la première fois que nous observons cette inflation de candidatures. Et cette inflation de candidatures en 2025, année au cours de laquelle beaucoup de camerounais rêvent de l’alternance, peut avoir deux ou trois significations.

La première signification, c'est que le régime Rdpc dirigé par M. Paul Biya n'a pas réussi à mettre en place au Cameroun un système véritablement démocratique. Il y a un échec sur le plan de la construction de la démocratie dans notre pays sous le régime Rdpc dirigé par M. Paul Biya. Car, s'il avait mis en place des dispositions qui encadrent la démocratie, on ne pouvait pas connaître cet engouement, on ne pouvait pas connaître cette volonté de beaucoup de nos compatriotes à vouloir déposer les dossiers, qui pour la plupart vont s'avérer incomplets.

Comme deuxième signification, cela démontre que dans notre pays, le fait pour le président Paul Biya de s'être agrippé au pouvoir, de vouloir s'agripper ad vitam aeternam, amène certains Camerounais à croire qu'ils peuvent utiliser tous les moyens qu'ils disposent, tous les moyens qu'ils ont en leur possession pour venir à bout de cette volonté et faire opérer le changement. J'espère que parmi ces candidats, il y en a qui veulent seulement signaler leur existence, qui veulent exister à travers la candidature, et utiliser ce moyen-là pendant la campagne pour rallier un candidat qui paraît avoir des moyens susceptibles de pouvoir battre le candidat du RDPC. La troisième interprétation, la troisième signification, c'est que les gens du pouvoir doivent avoir aussi financé certains pour venir faire la figuration.

Vous allez voir qu'à la fin même des candidatures, à la fin de la liste définitive, il va y figurer des personnes qui viennent pour l'accompagnement, qui viennent pour faire la figuration et après déclarer que c'est le candidat du RDPC qui a gagné. Voilà les significations que je peux donner pour cet important nombre de candidatures, pour cette inflation de candidatures.

A vous d'écouter, maître, on dirait que ce dépôt n'était que des dépôts manifestes, et que sur le plan réel, il n'y a pas de réelle intention de candidature au fond.

Oui, je soupçonne cela. Mais, je pense que c'est l'instruction des dossiers, c’est le conseil électoral qui va nous dire la vérité. Le conseil électoral va analyser tous les dossiers et les dossiers qui vont être admis, les candidats qui vont être acceptés, le conseil électoral va nous donner la liste. Et pour les candidats qui ne seront pas acceptés, les candidats qui seront rejetés, le conseil électoral va indiquer les divers motifs. Mais lorsqu'on regarde la loi électorale ou son article 121, le Code électoral, où il est dit que ce sont les partis politiques représentés à l'Assemblée au Conseil municipal, au Conseil régional ou au Sénat qui doivent investir les candidats, et lorsqu'on voit la liste qui a été publiée autrefois par Cameroun Tribune,

Ça voudrait dire que ce n'est que les partis qui ont participé aux dernières élections municipales et législatives de 2020 et qui ont eu des élus qui pourraient investir des candidats. Et lorsqu'on regarde le nombre, il n'y en a que 18. Si on reste dans cette logique là, il ne devrait y avoir que 18 dossiers à examiner.

Si on prend le cas des candidatures indépendantes, je ne pense pas qu'il puisse y avoir des candidatures indépendantes qui auraient obtenu 300 signatures. Mais attendons voir quand le Conseil électoral va délibérer et va rendre publiques ses décisions. Nous allons voir s'il y a des candidatures indépendantes qui ont pu obtenir 300 signatures pour que leurs candidatures soient acceptées.

Mais à vous entendre, on dirait que le travail de la Commission électorale sera très facile parce qu'elle n'aura qu'à élaguer certains dossiers et qu'on va justement rester avec une infime quantité?

Exactement, parce qu'il s'agit ici de l'élection présidentielle. Ce ne sont pas les élections législatives et municipales où il y a souvent plusieurs listes et que ça peut prendre beaucoup de temps pour le Conseil électoral d'analyser. Ce sont des dossiers qui peuvent être analysés en un seul jour. Parce qu'on regarde les pièces, on regarde les conditions de la loi et en un seul jour, le Conseil électoral peut boucler. Surtout que le Conseil électoral est limité dans les délais. Car, au soir du 12 août au plus tard, il faut avoir publié la liste définitive des candidats et tenant compte aussi du temps pour le Conseil constitutionnel de régler, de vider le contentieux. Si on doit rester dans les délais, nous pensons que d'ici le début de la semaine prochaine, le Conseil électoral devrait publier la liste provisoire pour que la période du contentieux puisse être ouverte.

Maître, à côté de la curiosité du nombre de dossiers déposés, il y a également une autre curiosité qu'il faudrait souligner dans cette élection présidentielle qui vient de s'ouvrir. C'est la présence des partis qui ont investi, au moins deux candidats. Comment comprendre cela ?

Je pense que le Conseil électoral doit examiner les conditions, examiner la personne qui a investi des pouvoirs au sein du parti pour investir. Il doit voir l'organe qui est investi des pouvoirs pour investir. En regardant cela, le Conseil électoral peut départager ces candidats. Si au sein du parti, on dit que c'est le président qui a investi, si le président a signé l'investiture, toute autre investiture n'est plus acceptable. Pour cela il faut respecter la loi. Il ne faut pas prendre appui sur la décision qui avait concerné l'UPC à l'époque où on avait voulu absolument écarter l'UPC pour dire que lorsqu'il y a deux ou plusieurs candidats, tous les candidats sont rejetés.

Là, ce n'est pas le droit. On doit examiner les statuts des partis pour voir qui a priorité pour investir et ne retenir que l'investiture donnée par la personne qui a investi des pouvoirs à cet effet.

Comment peut-on comprendre ce genre de manifestation au sein des partis ?

Je pense que peut-être qu'au sein de certains partis, il n'y a pas eu d'accord pour l'investiture, surtout pour le Rdpc et également pour l'Upc, où il y a plusieurs tendances. Pour l'UPC, il faut comprendre qu'il y a plusieurs tendances de l'UPC et que cela peut justifier qu'il y ait plusieurs candidats de l'UPC. Pour le Rdpc, c'est qu'au sein du Rdpc, il n'y a pas eu de congrès parce que M. Thelleir Onana, qui a déposé sa candidature, a saisi le tribunal de première instance, pour demander qu'un délégué ad hoc soit désigné pour convoquer le congrès du Rdpc.

Il a estimé que les dispositions statutaires du Rdpc n'ont pas été respectées et que le candidat du Rdpc, en l'occurrence M. Paul Biya, n'est plus président national pour revendiquer d'être le candidat naturel, comme ils disent dans leur milieu, et que lorsqu'il n'y a pas de congrès, il ne peut pas déposer sa candidature. C'est une question qui s'est posée au sein de ce parti-là. Pour les autres, surtout pour le Manidem, nous pensons que la candidature de M. Yebga Dieudonné est suscitée.

C'est une candidature pour créer le trouble, parce que la crainte de la candidature de Maurice Kamto amène les gens à poser des actes qui sont irrationnels, des actes qui dépassent l'entendement. Et aujourd'hui, ils sont en train de multiplier des actes qui ne sont pas acceptables. Parce que lorsque nous regardons les dernières décisions concernant le Manidem, c'est-à-dire la décision du Minat, qui avait reconnu que M. Ekane Anicet est le représentant du Manidem, il n'y a pas eu une autre décision après celle-là.

Même s'il y a eu une autre décision, elle n'a pas été notifiée à M. Ekane Anicet. Et jusqu'à ce matin, il figurait dans le site du Minat que c'est M. Ekane Anicet qui est le représentant du Minat. Donc, de ce point de vue, la candidature de M. Yebga Dieudonné devrait être rejetée par le conseil électoral et laisser que la candidature du professeur Maurice Kamto passe.

A apprécier les faits nous on dirait que l’année électorale s'annonce houleuse?

Oui, le professeur Maurice Kamto l'avait dit depuis que l'année 2025 c'est le tournant pour le changement au Cameroun. Et vous regardez depuis 2024 l'affluence au niveau des postes de l'Elecam pour les inscriptions sur les listes électorales et la masse critique des jeunes, beaucoup de jeunes se sont inscrits sur la liste électorale et beaucoup de jeunes demandent l'alternance, demandent le changement. Donc, c'est une année cruciale pour le Cameroun et nous espérons que le changement va advenir. Vous vous souvenez que lors du meeting du président Kamto le 31 mai à Paris, il a dit que si le changement ne s'opère pas cette année, ce sera la faute au peuple camerounais.

Donc le peuple camerounais est mobilisé pour récupérer sa souveraineté entre les mains d'une minorité qui est en train de la galvauder.

 

Entretien mené par Hervé Villard Njiélé

 

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